Boucle de Périgueux à Saint-Léon en passant par Saint-Amand.
Les mimosas, les jonquilles et les pruneliers percent le voile dormant et s’agitent sous la brise légère. Au cœur des couleurs joyeuses de la vie qui se manifeste, l’envie nous prend d’escalader un rocher, de baguenauder sur les sentiers boisés ou de pédaler. L’effervescence remplit nos têtes d’images nouvelles et d’idées folles fadas.

Au programme donc : pédaler vers Saint-Amand-de-Coly, une bourgade qui vaut le coup d’œil m’a-t-on dit, marquée par la présence de son abbaye, ses ruelles escarpées et ses demeures ocres aux toits de lauzes. Poser la tente dans les environs et reprendre la route le lendemain vers Saint-Léon-sur-Vézère et ses ruelles étroites (dites couredous) bordant la Vézère. Puis s’en éloigner quelque peu, prendre de la hauteur sur la Côte de Jor afin d’admirer la vallée verdoyante et étincelante. Rejoindre ensuite Plazac, village tout en hauteur, muni de fontaines, de lavoirs et des restes de l’ancienne forge qui coulait entre autres des canons pour la Marine Royale. Fermer la boucle en remontant jusqu’à Périgueux, où siège Saint-Front et ses dômes, reproduits au Sacré-Cœur de Montmartre.
Et hop, une épopée de 122 km, un dénivelé cumulé de 1 520 m, des gambettes qui ne demandent qu’à remuer, un cheval d’acier paré de 2 sacoches (20 L chacune) contenant :
- une chambre à air et de quoi réparer (rustines, clés, pompe)
- une tente
- un matelas
- un duvet
- une frontale
- un fond de semoule assaisonnée qui n’attend que l’eau pour révéler ses saveurs exquises
- des fruits secs
- 1L d’eau
Jour 1. Objectif : être à Saint-Amand avant la nuit
Plus précisément avant 18h30 afin de monter la tente avant la nuit. Eh oui, à l’heure où vous me lisez, la nuit ne viendra pas avant 20 h mais il n’en était pas de même deux mois plus tôt, je ne vous apprends rien.
Ainsi, midi sonné, zéphyr plein front, cap sur la vallée de la Vézère. Le soleil est menu, un peu timide mais les nuages laissent transparaitre un ciel bleu d’été.
De Périgueux à Trélissac, la voie verte est jonchée de saules pleureurs et de peupliers, troncs baignant dans l’eau paisible de l’Isle. Préservée des voitures et de ce qu’elles véhiculent (je ne parle pas des conducteurs, quoique) d’odeurs et de brouhaha, quel plaisir de rouler bercée par le cri guilleret des merles et le faible débit de l’eau qui suit son cours inlassablement vers l’eau salée. Ajoutée à cela la planéité du chemin, malgré quelques racines qui font fi du goudron qui les recouvre, on se plonge aisément dans des rêveries. Hélas on en sort bien vite, voilà que déjà le panneau vert et bleu barré de rouge pointe son nez ; la voie tranquille laisse place au large ruban d’asphalte sillonné par des charrettes rugissantes. Rassurez-vous, on rejoint très vite des chemins peu fréquentés, bordés de spécimens à écorce. On longe même l’Auvézère sur un petit kilomètre, offrant aux cuissots une piste plate pour parfaire l’échauffement. Voilà maintenant 20 kilomètres que nous roulons. Lorsqu’on s’écarte du cours d’eau pour filer vers l’est en direction de Thenon, les premières côtes apparaissent. Un paysage de collines accompagne le voyage, jusqu’à accéder à celle sur laquelle Thenon a été bâtie, une colline de 268 m d’altitude. Au cœur de la bourgade, producteurs, artistes et créateurs notamment des tisserandes, sont regroupés rue des Arts et des Saveurs dans la galerie Thenon Les Z’Arts.
Peu après Thenon, une dizaine de kilomètres de descente nous mène vers Auriac-du-Périgord puis Aubas, au creux de la vallée où serpente la Vézère. Le Périgord blanc est derrière nous et la nuit ne semble plus très loin. 17h30, Saint-Amand-de-Coly trône à 8 km de là, entre deux versants. Une dernière cote – et pas des moindres – avant d’atteindre l’objectif du jour.
Arrivée à Saint-Amand vers 18h, le ciel est bas, de ces soirs embrouillardés qui annoncent la pluie et donnent davantage envie de se réfugier au coin du feu avec une tisane que de dormir dans la forêt. Qu’à cela ne tienne, profitons d’être ici pour poser la monture contre un de ces murs empierré et cheminer à pied dans les ruelles pavées. L’abbaye fortifiée trône au cœur du village, imposant tas de pierres organisé du XIIe siècle.
Le temps qui file me rattrape. Voyant l’obscurité poindre, trouver un coin tranquille pour poser la tente va devenir primordial. Sensation frustrante que d’être bousculée par le temps ; si j’avais pédalé plus vite/si j’étais partie plus tôt/si le soleil était insomniaque, j’aurais eu le temps de contenter davantage mes mirettes. Une journée qui touche déjà à sa fin. A ma faim aussi. J’enfourche de nouveau mon vélo, en direction de Saint-Léon, à la recherche d’un havre de paix pour la nuit. Après quelques coups de pédales, que vois-je ? Un lièvre fougueux zigzaguant vers les ronciers. Et il court et il saute et saute encore et voilà qu’il disparaît dans le brouillard. Sa vivacité me laisse pantoise. Je l’imagine avec un gilet bleu et une montre à gousset, répétant « en retard, toujours en retard ». J’hésite quelques secondes à le suivre au pays des Merveilles quand j’aperçois un taillis droit devant, enraciné sur un sol plat. La bonne aubaine ! Vélo à la main, je m’enfonce au cœur des épicéas et des hêtres, à l’abri d’un éventuel bruit de moteur. Des feuilles mortes et des branches tapissent le sol humide, saturant l’air de cette délicieuse odeur d’humus. Je décide de camper entre 4 hêtres cordiaux. Je dépose mon véhicule contre un des troncs, débarrasse le plancher des grosses branches puis m’atèle à monter la tente et souffler dans le matelas. 18h45, je suis sous la toile et voilà qu’il commence à pleuvoir. Qu’il pleuve, qu’il vente, peu me chaut, je suis abritée ! Enfin mollo tout de même, ma carapace est bien maigre.
La faim me prend, je suis toute heureuse et toute aise de sortir mon sachet de semoule assaisonnée, s’il vous plaît, d’épices ensoleillées et parsemée de cacahuètes. Je mets le tout à tremper avec l’eau de ma gourde et m’arme de patience.
De si bonne heure contrainte de rester dedans, que faire ? Pourquoi n’ai-je pas embarqué de bouquin ? Comment vais-je m’occuper ?
Une tente comme toit et soi avec soi, rien n’est plus simple, rien n’encombre l’esprit ; les pensées sont claires et limpides : ce qu’on veut plus dans nos vies, ce qu’on ne veut plus. Sur le moment, c’est tout bonnement d’une douche dont j’ai envie.
Refoulant cette image, je passe en revue celles de la journée et imagine le lendemain. Une idée me parvient : pourquoi ne pas faire la fin de marché à La Pie1 ? Hmm, un rallongi de 35 km, ça peut se tenter. Affaire à suivre.
Le sommeil s’immisce, le corps bercé par la complainte des chouettes et la mélopée des gouttes s’écrasant contre la toile.
Jour 2 : Prendre la pluie côté plaisir, se réjouir de n’être pas en sucre et retrouver Périgueux
Il est 7h, le taillis s’éveille. Enfin la pluie ne s’est pas assoupie et les chouettes ont laissé place aux merles et je ne sais quelle espèce de moineau loquace.
Alors même que nous ne sommes pas en sucre, rouler sous la pluie n’est pas l’extase : on voit mal, on nous voit mal, on se sent bridés, calfeutrés que nous sommes sous nos pardessus luisants comme des lombrics.
Je rassemble mes affaires, enfile mon k-way et replie matelas et tente. Sans hésiter, j’oublie la sortie de marché. Je sors de la forêt, direction Saint-Léon-s/-Vézère, à une vingtaine de kilomètres de là. J’emporte avec moi mon envie de petit déj, espérant trouver une boulangerie en route. Des côtes et des taillis, je pédale, longeant les pins qui s’inclinent sous le vent.
Arrivant le long de la Mother Road 66 de Saint-Léon city, je profite du cimetière pour remplir ma gourde. « Tu es aujourd’hui ce qu’autrefois nous fûmes. Et tu seras ce que nous sommes » doivent penser ces âmes éthérées. Je me réjouis d’être là, sous la pluie, vivante. J’inspire à pleins poumons, manquant toutefois de peu la noyade, et poursuis vers le bourg de Saint-Léon, en quête de quelque pitance.
Peu à peu se dévoilent le château et les maisons qui ornent les ruelles. Puis, dans le virage, l’épicerie, ô joie ! Chocolatine, baguette + quichette dans la besace, je m’empresse de poursuivre ma route. Plazac n’est qu’à une dizaine de kilomètres. A priori j’y serai vers midi pour m’y sustenter. Eh oui, sans vivre de régimes, je mange à mes heures.
Ainsi je m’atèle à la Côte de Jor et m’imprègne de la vue imprenable qu’elle offre sur le brouillard ; seuls les cuissots et les fessiers m’indiquent que nous prenons de l’altitude. Reins au vent, je file dré dans l’pentu jusqu’à Plazac.
Je m’abrite sous la halle et gobichonne en compagnie des pigeons, près d’une fontaine, en contrebas de l’église et sa tour. Après une balade rapide dans les rues de la cité, je reprends rapidement la route, en quête de chaleur.
Encore une belle côte m’attend aux abords de Rouffignac, puis les kilomètres vont défiler jusqu’à Périgueux dans une pente douce. Une fois encore, sur une quinzaine de kilomètres, la route est presque toute à moi : 5 voitures et 3 chevreuils brisent la monotonie des ondées.
Saint-Laurent-s/-Manoire apparaît, bordant la voie ferrée. On retrouve la piste cyclable qui mène jusqu’à Périgueux : douche chaude en vue !
- La Pie, café associatif et canard du Périgord (Saint-Cyprien). https://lapie.info/ ↩︎
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