De Domfront à Copenhague 1/2

Stop, train, bus, train, stop.

Par une matinée ensoleillée d’avril, voici que je m’attèle à quitter Domfront, bourgade au château fort (fort démoli) du sud normand, pour rejoindre Le Havre et par là même Ema avec qui j’ai entrepris cette épopée printanière.

Nous sommes attendues au Frilandsmuseet, The Open Air Museum, situé à Copenhague, pour équarrir des grumes de pins. A l’instar de Notre-Dame de Paris, la Bourse de Copenhague a brûlé. Est venue à l’esprit d’un charpentier danois l’envie de reconstruire la structure avec les techniques de l’époque de sa construction (entre 1619 et 1640).

Dans un premier temps, l’idée est de réaliser une ferme test, un modèle pour les personnes qui fabriquerons la nouvelle charpente. Ainsi, pendant une semaine, des charpentiers et charpentières des quatre coins de l’Europe viennent prêter main forte pour équarrir le bois nécessaire à la réalisation de la ferme test. La folie des jours fleuris sème en nous l’idée de nous y rendre en stop. On se donne dix jours pour y parvenir, comptant bien prendre le temps de découvrir en route.

Grâce à la sympathie de quatre conducteurs, nous voilà réunies au Havre. L’air est un peu frais et le vent souffle. On prend de la hauteur pour surplomber la ville. Des jardins suspendus émanent des odeurs de lilas et de cassonade. Plus loin, les empreintes des plantes sur les vitres humides des serres sont peintes en blanc. D’autres peintures peuplent les vastes arches aux échos sans fin de l’ancien fort Vauban. Au cœur de la ville, la cathédrale Saint-Joseph, joyau du béton armé, a des airs de Notre-Dame de Royan. Or ici, l’ouvrage n’est pas signé Claude Ferret mais Auguste Perret, l’architecte chargé de la réédification de la ville après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Les bâtiments se composent de structures poteaux/poutres en béton armé surmontées de nombreuses ouvertures vitrées.

Sacs à dos munis de nos hâches, habits, duvets et gourdes, nous levons le pouce à la sortie du Havre (de paix ? vraiment pas), direction le Nord, le vrai. Sereines, nous nous postons à Sainte-Adresse, au nord de la ville, en vue de cheminer le long de la cote. Au bout d’une large demi-heure à attendre sans succès, nous décidons de prendre un bus pour nous placer sur l’axe qui mène à Rouen. Tant pis pour la mer, pourvu qu’on sorte d’ici. Après quatre heures d’attente ponctuées de fréquents coups de klaxons et de quelques âmes hospitalières nous conseillant un endroit plus stratégique, nous sortons de ce bourbier. On file ainsi jusqu’à Beauvais et rapidement ensuite une chic conductrice nous dépose à Hazebrouck, dans le Nord, où l’on retrouve des amis pour la soirée.

On reprend la route le lendemain matin à Bailleul, sous une pluie fine. Une voiture trace sa route puis change finalement d’avis. Profitant du rond-point pour faire demi-tour, elle nous conduit jusqu’à Lille. Nous nous délestons de nos sacs chez un ami et allons baguenauder dans les vieilles ruelles. Nous quittons la Grand’Place et ses bâtiments aux mélanges d’architectures flamande et française pour prendre le métro jusqu’à Tourcoing puis un bus vers Neuville-en-Ferrain. Après quoi nous filons en stop jusqu’à Utrecht et sa gare centrale ; 240 km d’une traite. Nous traversons la Belgique en un claquement de doigts et nous voilà dans la première gare néerlandaise en nombre de trains par jour (990, seulement 210 de moins qu’à Saint-Lazare). Les gens autour se demandent autant que nous ce que l’on fait ici ; elle est où la forêt ?

Nous prenons un train pour Amsterdam en vue de passer la nuit dans une auberge de jeunesse. Le jour s’achève, nous déambulons dans le quartier Jordaan et ses paisibles canaux éclairés.

Au lever du jour, après avoir déposé nos sacs (non sans mal, c’est vraiment mal indiqué – « mais non regarde, il y avait des panneaux ») et ma mauvaise foi dans les casiers de la gare, notre visite se poursuit en nous remémorant des souvenirs de cette ville quelques années plus tôt. Encore quelques pas sous l’œil incliné des maisons colorées et on se remet en route, direction Berlin pour voir la sœur d’Ema. On récupère les sacs et on traverse les multiples voies le long de la voûte piétonne, ornée d’un bateau ivre sur les flots, pour gagner le tramway. Malheur, la ligne 26 est la seule voie côté mer. Un énième passage sous la voûte aux marins ; on connait désormais l’équipage par cœur.

Sans grande conviction, on tente le stop à Bob Haarmslaan dans le but de rejoindre l’autoroute A10. Un enfer. Des véhicules circulent à la pelle mais pas un ne s’arrête et les klaxons s’en donnent à cœur joie. On marche un peu, un couple en voiture nous conduit au sud, à Utrecht de nouveau. Est-ce qu’on poursuit en stop jusqu’à Berlin ? On tente une échappé (et battu) à Utrecht Lunetten, en vain. Retour à la gare d’Utrecht pour prendre un bus de nuit jusqu’à Berlin.


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